Jour 53 – 8 Octobre: Albuquerque, NM

Quand on se réveille avec le ciel rempli de Montgolfières, c’est un signe.
En tant que Phileas je me dois de respecter ce genre de petit clin d’oeil du destin.
Donc après 53 Jours non-stop, je décide d’être fou et de m’accorder…un jour de repos.

La chanson du Jour: The Great Gig in the Sky – Pink Floyd

Jour 52 – 7 Octobre: Cline’s Corner, NM to Albuquerque – 111 km

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Je suis censé dormir chez Daniel, le gars qui m’a pris en stop la veille pour rejoindre la station de service. Comme il travaille tard, je l’attends dans un Panera, mon nouveau Fast-Food préféré parce qu’ils ont tous les avantages (internet, des toilettes etc) et en plus leur fond de commerce c’est le pain, ma nourriture préférée et une commodité rare aux US.
La manageuse est tellement impressionné par mon voyage qu’elle m’offre une grosse miche de pain (sur laquelle je lorgnais depuis un moment mais que je ne pouvais me résoudre à acheter parce que bien trop chère), une soupe et le diner.
Cela peut avoir l’air de pas grand chose, mais c’est le genre de cadeaux qui me met d’excellente humeur.

La Chanson du Jour: Take this Bread – Felice Brothers
Et ça me donne l’occasion de parler d’un groupe contemporain dont on parle pas assez selon moi. Si vous avez le temps je vous conseille d’aller écouter leurs autres chansons, notamment « Frankie’s Gun » et « Greatest Show on Earth »

Jour 51 – 6 Octobre: Santa Rosa, NM à Cline’s Corner, NM – 97 km

Bon, comme j’ai pu le mentionner précédemment, la Route 66 est loin d’être continue et se termine une fois sur deux en chemin de boue. Le problème c’est que si d’un côté les « responsables » (et j’aimerai bien savoir qui ils sont) n’ont pas assez d’énergie pour mettre à chaque fois des panneaux indiquant un cul de sac, ils en ont assez pour ériger une clôture barbelée sur tout le long, entre la route 66 et la départementale I-40.
La première fois que je me suis fais avoir, j’ai du rebrousser chemin après quelques kilomètres.
La deuxième fois j’ai enlevé toutes mes affaires de mon vélo et j’ai balancé le tout par dessus les barbelés. .
La troisième fois je suis de mauvaise humeur, je ne veux pas perdre 5 minutes, j’ai la flemme d’enlever toutes mes affaires et j’essaye de hisser le tout par-dessus.
Mon vélo est évidemment trop lourd et je crève un pneu en essayant de défaire le vélo des barbelés dans lesquels il s’est pris.
S’en suivent une dizaine de kilomètres à pied, la lumière du jour disparaissant à l’horizon tandis qu’un mur de nuages et de pluie monte de derrière dans la vallée.
Et je râle contre les ingénieurs abrutis de la Route 66, les enfoirés avec leurs pick-up qui ne s’arrêtent pas et surtout moi-même, suprême abruti, qui en voulant gagner 5 minutes à perdu trois heures.
C’est finalement à deux kilomètres de la stations service que j’ai un mec qui me prend en stop.
Et vu l’heure je décide d’en rester là (de toute façon y’a rien d’autre avant 60 kilomètres) et de monter ma tente dans le « backyard » de la station service.

La chanson du jour: Trouble – Ray Lamontagne

Jour 50 – 5 Octobre: Tucumcari, NM to Santa Rosa, NM – 97 km

Je quitte donc le Texas, ce qui ne me dérange pas trop, puisque j’étais pas trop serein dans cet état (« Cherchez pas le Texas » et tout ça) et on m’a dit beaucoup de bien du Nouveau Mexique (« Le Pays de l’émerveillement », ce qui me paraît quand même plus accueillant comme slogan).
Même si la route 66 reste un attrape-touriste de première, il y a une atmosphère de Sur la Route, surtout dans des petits bleds comme Tucumcari.

La chanson du jour: Johnny Cash : New Mexico
Pas sa meilleure, mais appropriée.

Semaine 7 : Entre deux eaux

Je suis arrivé à Gallup où se trouve la ligne continentale, où les fleuves commencent à couler vers le Pacifique et non plus l’Atlantique .
Et moi-aussi je suis entre deux eaux, le départ et les premières semaines désormais de l’ordre du souvenir, du passé, de l’accompli. Même si elles nourrissent mon optimisme, alimentent mon envie, participent de ma détermination d ‘aller toujours plus de l’avant, elles n’existent plus que dans mes paroles, mes images et dans ce que j’espère pouvoir en faire musicalement.
L’idée de l’arrivée, de moins en moins hypothétique, confère une certaine nostalgie aux moments, tandis qu’elle-même est toujours lointaine, reste fantasmé.
Plus la réalité veut se rappeler à mes souvenirs, plus je la maintiens à distance, maintiens cette bulle à l’intérieur de laquelle chaque moment se savoure comme un petit morceaux d’éternité.
Je vole ces fragments de vie avec d’autant plus de gourmandise que je sens déjà leur goût s’estomper, leur intensité fondre au contact de la vie courante. Je les sens déjà devenir paroles trop répétées, histoires rendues fades par le présent, souvenirs trop lointains pour fissurer la toile du réel.
Mais même si je crains cette perte, je reste survolté par le désir de profiter jusqu’à épuisement de cet exotisme trop éphémère, de ces plaisirs trop fugaces, de cette vie trop intense pour durer.

Chanson du Jour : Jackson Browne : Running on empty

Jour 49 – 4 Octobre: Adrian, TX – Tucumcari, NM – 97 km

Ode aux Voitures:

Elles sont bruyantes
Elles puent et polluent
Elles font parfois exprès de te frôler
Elles ont des conducteurs qui t’insultent sans raison
Elles doivent y être pour quelque chose aussi dans l’étalage taxidermiques des carcasses d’animaux sur le bord des routes…

Mais sans elles y’aurait pas de route goudronnée ou de stations services ce qui compliquerait la tache quand même considérablement…et quand on crève en plein milieu de nulle part, on est bien content de voir les gros pick-ups dégueu ou on peut caler un vélo…

Une photo publiée par Phileas (@phileasmusic) le

Chanson du Jour: The Beatles: Drive my Car

Jour 48 – 3 Octobre: Amarillo, TX – Adrian, TX – 85 km

Et voilà 4000 km de fait…

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Quand je passe ce cap, j’ai cette chanson de JJ Cale qui passe. Même s’il y’a rien d’étonnant à ça parce qu’en mode shuffle je tombe sur lui régulièrement, (j’ai pris 7 albums de lui sur mon I-Pod avant de partir), être au Texas, avec un Oakie qui chante la Louisiane me semble être de bonne augure…
Si vous voulez le découvrir je suggère de commencer par l’album 5.

Jour 47 – 2 Octobre: Groom, TX- Amarillo, TX – 105 km

Ode aux Camions

Ils sont bruyants
Ils puent et polluent
Ils font exprès de te frôler
Ils dégomment les animaux comme des bouchers en période de fêtes
Ils laissent tout en bordel sur le bord de la route quand leurs pneus crèvent, et ces pneus en question contiennent des petits fils de fer qui crèvent les pneus des cyclistes et sont quasi impossibles a retirer…

Et en même temps, heureusement que y’en a qui bossent, et c’est un boulot bien ingrat…
Donc c’est une haine purement relative que j’éprouve a leur égard…même si je rêverai de m’en débarrasser…

Le côté un peu moins romantique du Highway:
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Pour illustrer ce billet je cherchais une chanson sur les Camions et j’ai failli mettre le lien de « Truck Yeah » de Tim McGraw parce qu’il faut le voir pour le croire, mais mon but étant de mettre des liens vers de la vrai musique, j’ai choisi quelque chose de plus classique.

Jour 46 – 1er Octobre: Shamrock, TX à Groom, TX- 92 km

 

J’arrive à présent dans la partie des États-Unis qui me fait bien flipper, tout du moins depuis que j’ai vu des documentaires comme Food INC. et Home. Des élevages géants de plusieurs milliers de vaches, d’immenses champs de blé que d’énormes machines moissonnent et une concentration des terrains sur des milliers d’héctares. Quand l’esprit d’entreprise qui a fait la grandeur de l’Amérique rencontre la force motrice de l’ambition et de l’avidité pour produire de la nourriture. Matière à réflexions et angoisses…


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Chanson du jour: Don McLean : American Pie

La seule chanson en rapport avec la nourriture que j’avais. Enfin juste le titre, parce qu’elle parle même pas de bouffe mais de la désillusion avec l’American Way of Life et comment ils ont détruit la musique. Ce qui me semble toujours un sujet approprié…

Jour 45 – 30 Septembre: Erick, OK à Shamrock, TX – 90 km

J’ai toujours été impressionné par la capacité des Américains à intégrer et assimiler des cultures étrangères. C’est déjà quelque chose de se balader dans leurs grandes villes et de passer dans les « enclaves ethniques », le plus connues étant Little Italy et Chinatown, mais également Little Ethiopia, Japantown, Little Manila, Korea Town et bien d’autres. Mais d’arriver dans une ville comme Shamrock, au fin fond du Texas, qui est complètement aux couleurs de l’Irlande vous rappelle que c’est un pays qui a été construit sur des vagues d’immigration successives.

La chanson du jour: Dirty old Town- The Pogues

Parce que la Country Américaine c’est un peu la musique traditionnelle irlandaise adapté à un pays différent, et pour coller au sujet du jour, il me fallait un exemple irlandais. Bon, ils ne sont pas Irlandais. Mais de toute façon, comme les suédois chantent comme des Texans, et que les Anglais rappent avec l’accent du Bronx et personne saurait distinguer, on se cogne un peu d’où viennent les gens. Tout ça c’est de la musique, et la musique n’a pas de frontières. Et ça sonne bien à mes oreilles…

Envie

Pas facile de reprendre le fil.

Pas facile de se reprendre. D’avoir traversé un pays où les armes à feu sont partout, où les attaques à main armée courantes, où la menace des attentats est omniprésente, et de rentrer chez soi pour tomber sur ça.

Pas facile de reprendre les histoires de pneus crevés, de coups de fatigue et d’attentes déçues quand ce sont des personnes qui sont mortes, des coups de feu qui ont retenti et des vies qui ont été décimées.

Mais c’est ce qu’il voudraient; détruire, anéantir, nous réduire au silence.

A nous de ne pas les laisser, de construire, créer et chanter avec encore plus d’envie.

Des textes, des chansons, des projets, des idées, des histoires et des rêves pour leur montrer que, plus que jamais, on est en vie.

Je n’ai malheureusement rien à offrir à ceux qui souffrent, si ce n’est l’envie de créer, l’envie de demain, l’envie de nous voir reprendre ensemble…

Ce blogue resuivra son cours normal demain, comme j’espère que nos vies le feront bientôt.

Ici et aujourd’hui je suis en deuil, demain et là-bas je serai en route vers l’ouest, vers l’océan et vers moi-même.

One

After much hesitation, I’ve decided to post what I have written in the sleepless night that followed the November 13th attacks. Hesitated because I’ve always been uncomfortable with putting stuff out there that has been written in the thrall of emotion. Hesitated because this doesn’t seem like the place to put it out. Hesitated because I don’t want to be part of the discussions that will arise from this tragedy, the shortcuts and simplifications, over-emotional appeals and self-aggrandizing statements.

But if I don’t use this plateform to express genuine emotion, flawed as it might be, what is the point of writing at all?

If I don’t use this platform for other things than pretty pictures of sunsets and entertaining tales of adventures, what is it really worth?

If I shy away from other people, their opinion and reality, from the painful questions that come with it, why would I want to publish anything?

Excuse my shortcuts and simplifications, over-emotional appeals and self-aggrandizing statements, I’ve just woken up and the wake is painful.

One o clock. The phone rings. The words cut through the thick fog of sleep. The world cuts through the bubble of meaningless plans and hopes and dreams. Terrorist attacks. 129 dead.
I check on those who are there. Those who love football, who love music, who love food, who love life. It could be anyone.
The randomness of their attack makes me feel fear. Fear what I feel. Hatred. Anger. Directed at no one.
But anger needs to be directed. The images I haven’t seen and names I haven’t heard yet are already burning into my mind’s eye. Burning words of hatred not yet spoken waiting to be said. Waiting to be aimed at someone.
And as the first wave shock subsides the certainty that someone will say these words, will play the part, lay our hearts on the line. Some of the media. In a frenzy. Sniffing blood. Some of the politicians. In dammage control. Sensing opportunity. Some of us. In pain. Drawn in.
When they will close our borders, try to narrow our minds and tighten our hearts, everyone will play a part.
To defend liberty by not letting go of our freedom to think and to forgive.
To safeguard equality by not condemning all of them as uniformly evil.
To claim fraternity by not hating those who weren’t born our brothers.
To stand as one without making our ground a battlefield
To think as one without yielding to uniform thought
To walk as one without marching for vengeance
To sing as one without chanting discord
To be as one while remaining each one
To make sure they haven’t won

 

 

 

Jour 44 – 29 Septembre: Elk City, OK à Erick, OK- 70 km

Comme je l’ai mentionné précédemment, je traversais une période un peu turbulente dans ma tête. Je venais de rater un concert à Oklahoma City d’un cheveux, mes crevaisons a répétition me gonflaient (!!!) et de manière générale je commençais un peu à fatiguer. Je lisais L’Alchimiste de Paulo Coelho à ce moment, et après deux semaines idylliques j’avais sans doute commencé à prendre ses enseignements un peu trop au sérieux.

Parce qu’ après un début en trompe-l’œil les mérites de ce roman s’avèrent être assez limités et ma foi en la bienveillance du destin encore bien fragile. Ma dernière expérience Américaine était toujours dans un coin de ma tête et je craignais toujours un accident ou un évènement catastrophique qui mettrait fin à mon voyage. Mais j’étais convaincu que c’était passager et que je pourrais faire en sorte que ce soit la dernière période de doute de ce genre.

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La chanson du jour: The End – The Doors

Une illustration sonore parfaite. Non seulement de mon état d’esprit à ce moment mais aussi de mon voyage précédent que je mentionne plus haut. Un morceau dérangeant, troublant et perturbant. Comme un accès de vertige qu’on subit avec un mélange de curiosité et de malaise. Certainement pas ma chanson préférée mais sans doute aussi indispensable que ne l’est la souffrance a une âme qui cherche à grandir.

 

Jour 43 – 28 Septembre: Clinton, OK a Elk City, OK- 70 km

J’ai décidé d’ajouter un petit quelque chose dorénavant dans mes posts, et de mettre le lien d’une chanson associée à un moment particulier du voyage.

Vous connaissez sans doute ce sentiment magique quand une chanson correspond tellement à un moment, un environnement ou un état d’esprit, que l’on a l’impression qu’elle a été écrite spécifiquement pour cette occasion.

J’ai eu la bonne idée de remplir mon ipod avant de partir, notamment avec la liste des 500 meilleures chansons de tous les temps du magazine Rolling Stones. Même si leur sélection reste sujet à controverse (par nature, omission et choix) elle est pleine de bijoux musicaux, et avec quelques ajouts d’artistes contemporains de mon cru, le mode shuffle a donné lieu à de belles surprises.

En espérant que je peux partager et peut-être vous faire découvrir quelques morceaux de ce qui est devenue la B.Ô de ce voyage.

Première Chanson: Passenger – 27

Un des artistes que j’ai le plus écouté en boucle, pendant la préparation et pendant le voyage. Un exemple pour moi d’intégrité artistique, c’est cette chanson de lui que j’ai choisi en premier quand j’ai traversé le pont Washington à New York pour commencer mon aventure.

Voici les paroles, je me suis amusé à les traduire, ça vaut ce que ça vaut 🙂

27 ans, 27 ans d’âge,
La seule chose qu’on me dit c’est de rester bien sage
Si je veux me vendre, faut pas poser mes couilles sur la table
Mais je refuse de vendre mon âme au diable

J’écris des chansons qui viennent du cœur
Je me cogne du hitparade ou s’ils peuvent bien leur plaire
Je dis c’que je vois,  j’le dis à ma manière
Sinon autant rien faire, m’éclipser et me taire

J’sais pas où je cours mais courir je sais faire
J’y ai passé le plus clair
De ma vie
J’sais pas ce que je vais faire, mais j’en fais qu’à ma tête
J’suis un cœur en cavale, je suis un homme en quête

27 ans, 27 ans à présent,
La seule chose que je sache, c’est que je sais pas vraiment
Comment plaire à tout le monde tout le temps
Parce que les avis changent comme les chemises des gens

Un peu fatigué, un peu lessivé
Je ne m’arrêterai pas j’vais pas esquiver
Les mots en lesquels je crois profondément
Pour retrouver ma face à la télé ou sur un putain d’écran

27 ans, 27 ans déjà passés,
600 chansons écrites dont seulement douze sont chantés
87000 clopes qui ont pénétré mes poumons
Et pour chacune d’entre elle j’me dis que j’suis vraiment trop con

Une semaine a me laver les dents une semaine à couper mes cheveux
8 ans à dormir et j’me réveille toujours aussi bouseux
Une année entière à m’empiffrer et j’ai quand même perdu un petit peu
5 relations en mode serieux et 5 séparations version bien houleux

27 anniversaires 27 nouvels ans
30000 balles pour prendre une bière de temps en temps
D’espoirs déçus en peurs ravivés
Je sais pas ou ca mène mais je sais comment j’y suis arrivé

J’sais pas où je cours mais courir je sais faire
J’y ai passé le plus clair
De ma vie
J’sais pas ce que je vais faire mais j’en fais qu’à ma tête
J’suis un cœur en cavale, je suis un homme en quête

 

 

 

 

 

Semaine 6 – De l’importance d’être content

J’arrive à un point un peu particulier du voyage. L’excitation initiale de l’inconnu à été remplacée par une routine sereine et calme, mais qui ne l’est pas assez pour devenir ennuyeuse.

C’est aussi le moment où je me rends a l’évidence que ce voyage ne va pas attirer l’attention d’un large public, comme j’avais pu l’espérer secrètement.

Pour citer l’article ci-dessous, l’étincelle n’a pas déclenché le grand incendie, mais je me réchauffe auprès du feu de camp de ceux que je sais présent.

L’attention bienveillante des quelques personnes qui suivent au jour le jour dans l’ombre, vaut plus que l’approbation bruyante du grand nombre.

De pouvoir vivre et voir ce que je vis, suffit pour que je regarde son indifférence en me disant tant pis.

Ce qui manque ne sera jamais qu’un moyen pour arriver à une fin et en fin de compte ne compte pas pour grand-chose.

Parce que la fin sera toujours d’écrire, jouer et enregistrer de nouvelles chansons, et je les sens déjà se profiler à l’horizon, comme les lever de soleil qui parsèment mon parcours.

Il m’arrive parfois de perdre de vue ce qui importe vraiment, mais il y a toujours des gens qui parviennent à me le rappeler ; par un geste, un commentaire ou un article.

Quand j’ai lu celui ci-dessous pour la première fois, je me suis rappellé. Des vérités et des raisons qui m’ont poussé a entreprendre ce voyage…et me pousseront à le continuer:

La traversée des Etats-Unis en 80 Jours – The revolution will not be televised

Jour 42 – 27 Septembre: El Reno, OK a Clinton, OK – 95 km

La fameuse route 66 c’est bien beau, mais elle existe par intermittence.

Et quand je suis obligée de faire demi-tour après plusieurs kilomètres parce qu’ils ont oublié de mettre un panneau qui précise qu’elle est sans issue et se transforme en chemin de boue, ça contribue pas à ma bonne humeur.

Parce que s’ils n’ont pas l’énergie de mettre ces panneaux qui seraient bien utiles, ils en ont pour mettre des barbelés, ce qui veut dire que je peux rejoindre la départementale I-40 qu’en retournant en arrière jusqu’à la prochaine sortie…

Et puis a part des stations-service, il n’y a pas grand-chose d’intérêt…

Je trace donc, et arrive jusqu’à Clinton…

Jour 41 – 26 Septembre: Chandler, OK a El Reno, OK par Oklahoma City – 45 km (+ 80 km de stop)

Comme j’avais vu que mon pneu avant était un peu dégonflée, je décide de me lever une heure avant pour pouvoir parcourir du chemin. Sauf qu’une fois que j’ai changé la chambre à air, je me retrouve à plat 15 minutes plus tard. Je rechange donc la chambre à air pour un resultat similaire.

Et du coup, j’ai plus de chambre à air, je suis au milieu de nulle part, un dimanche dans le fin fond du Kentucky.

Mais je suis assez chanceux pour trouver un pick-up qui me prend en stop jusqu’au prochain village.

Je suis invité à assister à la messe, à la fin de laquelle le prêtre demande si quelqu’un peut me dépanner.

Et effectivement je trouve un mec assez sympa pour m’emmener à Oklahoma City et un magasin de vélo ouvert le dimanche.

Il s’avère qu’il est un descendant direct de Benjamin Franklin dont il porte le nom et j’apprécie ce trajet quelque peu improbable avec un arriere-petit-fils d’un des peres fondateurs à travers le Kentucky.

Dans le magasin de Velo, j’apprends que j’ai des fils de fer des pneus de camion qui percent les chambres à air, ceci expliquant cela…

Je repars donc avec des nouvelles chambres a air, mais je ne suis pas au bout de mes peines…

 

Jour 40 – 25 Septembre: Tulsa, OK a Chandler, OK- 100 km

J’aurais dû savoir que la première nuit dans l’Oklahoma, et les soucis qui l’accompagnaient, étaient prémonitoires de ce qui m’attendait dans cet état.

Même si tout semble aller pour le mieux, si ce n’est pour un pneu avant légèrement dégonflée, les jours qui suivent vont être plus que laborieux…

Et je vais me retrouver comme perdu dans une large étendu d’eau, à pêcher dans la finition…

 

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Jour 39 – 24 Septembre: Chelsea, OK a Tulsa, OK – 97 km

Je suis à présent sur la route 66, que je devrais suivre jusqu’à Santa Monica en Californie et l’océan Pacifique…

Si tout se passe comme prévu…

 

Jour 38 – 23 Septembre: Wyandotte, MO a Chelsea, OK – 75 km

J’entre ainsi dans l’Oklahoma, et décide de me poser à Chelsea.

Je suis fatigué et je manque un peu de discernement quand je monte ma tente dans un coin résidentiel.

Et évidemment ça ne manque pas…

Pour la première fois depuis le début du voyage, j’ai le droit aux flics que les voisins ont appelées.

Après 5 minutes initiales un peu tendues (« les mains où l’on peut les voir », « éloignez-vous de la tente ») les officiers s’avèrent être assez cordiaux, et même admiratifs de mon périple.

Ils me conseillent de prendre une chambre au motel du coin, mais vu son état je décide de tracer ma route.

Je trouve finalement une église avec un pré ou je peux monter ma tente…

Jour 36 – 21 Septembre: Springfield, MO a Carthage, MO – 93 km

Après 93 kilomètres, je trouve le plus bel endroit pour camper, près de Carthage.

Je m’apprête aussi à quitter le Missouri et entrer dans l’Oklahoma.

De même je vais quitter le Transamerican Trail que je suivais depuis le Kentucky.

 

Cinquieme Semaine – Le vers a moitie plein

Pour célébrer l’arrive à mi-parcours, voici un billet qui tente de retranscrire les différents états que j’ai traversé depuis le départ.

(Il s’agit d’une traduction qui à ses limites, si vous pouvez, lisez l’original en anglais).

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Le verre à moitié vide

Au moment du départ, cela aurait sans doute été le titre que j’aurais choisi. Jamais je n’ai eu autant de peurs, d’incertitudes et de doutes par rapport à un projet que je préparais. Il y avait mille raisons de ne pas me lancer dans cette aventure, j’ai choisi de me concentrer sur les quelques-unes qui, à l’inverse m’y poussaient. Alors pas à pas, petit à petit, en serrant les dents et surmontant chaque obstacle un par un, je suis parvenu à définir le périmètre.Comme un puzzle dont on pense qu’il ne ressemblera jamais à l’image sur la boite qui le contient, j’ai assembléles pièces, jusqu’à me mettre en selle, et donner les premiers coups de pédales hésitants.

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Le verre à moitié plaint

Plus j’arrêtais de me plaindre, de rechigner à l’effort, de m’inventer des excuses et des obstacles, plus chaque pas semblait facile. Les villes défilaient, les jours se suivaient, les peurs s’estompaient. Je me trompais, étais inattentif. Puis j’étudiais, comprenais. J’avançais et progressais. Je parvenais à trouver une routine, une piste hors des sentiers battus, en parallèle. Tandis que les gens autour de moi étaient statiques et occupés, j’étais le mouvement. Mais je ne faisais que passer, et leur enviais parfois leurs certitudes et leur confort tout en m’en éloignant.
À leur tour, ils m’enviaient ma liberté,  tout en m’appréciant pour ce que j’étais : une brève distraction, un moment d’étonnement fugace.
J’étais mouvement linéaire et en même temps cyclique, coupant à travers leurs vies, oscillant entre départs et arrivées répétées.

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Le verre à moitié plein

Et puis les contours des villes ont commencé à à se brouiller, les noms ont commencé à m’échapper. Alors que mes yeux voyaient l’horizon avec de plus en plus de netteté, mon regard devenait plus imprécis, plus sensible à l’abstraite absence de singularité, au sens du moment comme fin en soi. Petits plaisirs, petites pensées, petites habitudes. Et toujours ce sentiment de liberté, d’être nulle part et partout à la fois.

 

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Le vers à moitié vide

Je suis engagé sur cette piste parallèle, me racontant les routes que j’ai passée, les embouchures que j’ai ignorées, les chemins que je n’ai pas empruntés. Je ne chante pas souvent, mais dans ma tête, la musique est incessante. Je parle peu, mais j’apprends une nouvelle langue. Je prends ce qui ne me revient pas de droit, mais je laisse toujours quelque chose derrière.

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Le vers à moitié plein

De temps en temps, sans m’en rendre compte,je souris, incrédule tout en éprouvant un sentiment de plénitude.

Je ne veux pas que ça s’arrête. Je veux des levers de soleil et des horizons infinis. Pas des murs et des barbelés.

Je veux le mouvement, pas l’immobilité.

Je veux la vie, pas sa représentation parfaite.

Et en même temps, j’aspire à la fin. Chaque morceau de route est défini par ce à quoi il mène. Toujours projeté vers une raison.

J’appelle l’arrivée de mes vœux, tout en la redoutant.

J’espère la conclusion en essayant de retarder son jugement.

J’attends le verdict en craignant qu’il ne me donne raison.

 

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Jour 35 – 20 Septembre: Hartville, MO a Springfield, MO – 86 km

À Springfield, je fais mon deuxième warmshower, un couple super-gentil qui m’accueille avec une gentillesse et générosité incroyable.

Je me sens tellement bien que c’est très difficile de repartir.

Mais la route est encore longue, et je parviens malgré tout à la reprendre…